Ma contribution dans cette rubrique n'est pas de réécrire l'histoire, mais d'apporter à ceux qui ne connaissent pas l'horlogerie américaine, une base.
De présenter un échantillonnage de marques et de mouvements de différentes grandeurs, époques et qualités.
La présentation des différentes marques sont classées dans l’ordre selon le tableau plus bas.
J’ai décidé de présenter les mouvements dans l’ordre croissant de leur année de fabrication.
Les textes ne sont pas de moi, mais repris sur des sites, voir les liens ci-dessous.
Sites consultés :
- https://pocketwatchdatabase.com
- http://hamilton.rrstd.com/Hamilton/Hamilton_Home.h...
- http://elgintime.blogspot.com
- http://www.hamiltonchronicles.com
-https://www.hamiltonparts.com
- http://www.pocketwatchrepair.com
- http://www.watcheshistory.com
- http://railswest.com/time/index.html
- http://yourrailwaypictures.com
Ouvrages consultés :
- Revue Chronométrophilia N° 15, la montre chemin de fer américaine, J.P. Mattey-Claudet
- Philadelphia 1876, Le défi américain en horlogerie, 2011, éditions Institution l'Homme et le Temps
- David S.Landes, l'heure qu'il est, Gallimard 1987
- Illustrated manual of american watch movements, The E. & J. Swigart, Cincinnati, Ohio, 1952
- Watch and Clock Material, édition 1958, Waltham Since 1850
- American Railroad Watches, George Townsend, Michigan 48801, année 1977
- American Watchmaking, A Technical History of the American Watch Industry 1850-1930, Michael C. Harrold, année 1981
- On Time, How America Has Learned to Live by the Clock, Carlene E. Stephens, NMAH, année 2002
- Société Suisse de Chronométrie, bulletin N° 81, mai 2016, article sur Elgin par Lucien F. Trueb
Les manufactures américaines furent depuis la seconde moitié du 19ème siècle jusqu'aux années 30 particulièrement prospères. La montre bracelet et les crises économiques remirent en cause après la grande crise de 1929 les équilibres établis. La concurrence des manufactures suisses préservées par leur développement en Europe, marché peu prospecté par les firmes américaines en général et un peu plus tard la seconde guerre mondiale vont faire disparaître nombre de manufactures horlogères américaines.
La seconde moitié du 19ème siècle voit naître aux Etats-Unis comme en Suisse plusieurs manufactures qui vont profiter de l'élan de l'ère industrielle pour se faire une place de choix dans l'industrie horlogère. La création des industries de tous domaines de compétences et d'activités a regroupé sur un même lieu de travail des gens qui antérieurement travaillaient de manière isolée. L'interdépendance des activités au sein des entreprises a imposé que l'ensemble des personnels exerce leur métier avec des horaires communs et cette nouvelle organisation du travail génère une immense demande de pièces d'horlogerie précises et fiables.
La montre à ancre qui se fabrique en série au même moment, plus précise et fiable suscite un engouement qui la fait désirer dans tous les mieux socio-professionnels. Concrètement, ce sera la finition des montres, l'empierrement des mouvements, la décoration et les anglages ainsi que le type d'emboitages en métal commun ou précieux qui vont créer une différence. Mais de 7 à 26 rubis, la précision des montres permet à tous d'accéder à la détention individuelle de l'heure et pour la première fois de partager une heure précise et universelle... C'est la conquête sociale de l'heure.
Leur production fut immense et se chiffre par dizaines de millions de pièces et une diversification dans les instruments de mesure divers, notamment pour l'aviation et l'armement. A la différence des manufactures Suisses la quasi-totalité des firmes américaines spécialisées dans l'horlogerie avaient créé leurs propres observatoires internes et affichaient largement leurs performances chronométriques grâce à des calibres très innovants et souvent très décorés et largement empierrés.
Ces manufactures ont une histoire parfois chaotique pour des raisons d'expansion trop rapide ou mal appréhendée et l'on constate que les Etats américains ont favorisé leur implantation sur des superficies immenses parfois démesurées. Les firmes horlogères ont créé beaucoup d'emplois, généré beaucoup de profits pour des investisseurs qui n'y voyaient qu'une source de marges et de dividendes là où la caractéristique première aurait sans nul doute dû être l'anticipation des besoins et des modes.
Très prospères dans la phase de la conquête individuelle de l'heure par toutes les couches sociales (des années 1875 à 1930), les grandes maisons horlogères américaines n'ont sans doute pas su anticiper les effets de modes liés à la montre bracelet, domaine ou les industriels suisses furent plus rapides à se développer. Ainsi, à part quelques maisons qui ont péniblement résisté jusqu'à l'avènement du quartz, il ne reste quasiment rien aujourd'hui de ces grandes manufactures mis à part quelques murs, machines et catalogues.
Lorsqu'on examine la production totale des fabricants de montres américains, on peut faire une distinction naturelle entre les sociétés produisant des montres de poche avec rubis, de qualité supérieure et celles produisant des montres de style "dollar" de qualité inférieure. Ingersoll, Ingraham, New Haven et Ansonia ont produit plus de 500 millions de montres à faible coût, qui représentent un pourcentage élevé de la production totale des États-Unis.
Le passage des années et le caractère incomplet des enregistrements d'usine signifient qu'il est probablement impossible de créer une comptabilité complètement précise de la production horlogère américaine, mais les chiffres de production sont connus de la plupart des principaux fabricants et peuvent être estimés à partir de numéros de série connus.
Production totale estimée de montres de poche en or aux États-Unis
Le tableau ci-dessous représente une estimation de la production totale de montres de poche de style joaillier fabriquées par des fabricants de montres américains.
| Compagnie | Production | Total en % |
| Elgin | 55'000'000 | 48.18 |
| Waltham | 35'000'000 | 30.66 |
| Illinois | 5'700'000 | 4.99 |
| Hampden | 4'600'000 | 4.03 |
| Hamilton | 4'000'000 | 3.50 |
| Seth Thomas | 3'600'000 | 3.15 |
| Trenton | 1'934'000 | 1.69 |
| South Bend | 1'200'000 | 1.05 |
| Rockford | 1'000'000 | 0.88 |
| Keystone-Howard | 600'000 | 0.53 |
| Colombus | 380'000 | 0.33 |
| Aurora | 205'900 | 0.18 |
| Ball | 200'000 | 0.18 |
| NY Chronograph Co | 170'800 | 0.15 |
| E. Howard | 120'000 | 0.11 |
| All smaller makers | 500'000 | 0.44 |
| Total | 114'210'700 | 100 % |
Les montres chemin de fer « Railroad »
Il faut tout de suite parler de deux générations de ces montres aux Etats-Unis, séparées par une date... 1893. Pourquoi cette date?
En 1891, une collision frontale entre deux trains, près de Cleveland, non loin du lac Michigan mit en cause la précision des montres portées par les cheminots. Une différence de cinq minutes était responsable de la catastrophe. Un fabricant d'horlogerie de cette ville, M. Webb C. Ball fut appelé à inspecter les moyens de conservation de l'heure auprès des compagnies ferroviaires du nord de l'Ohio. Il trouva 17 différences importantes entre certaines villes. Il constata en outre que le personnel du train utilisait toutes sortes de montres, jusqu'à celles offertes par des magasins de souliers. Certains mécaniciens de trains de marchandise dépendaient du réveil de la cuisine mis le matin dans la musette avec le casse-croûte. M. Ball se rendit compte de la nécessité d'établir un règlement de contrôle de la précision des garde-temps ferroviaires, responsables de la sécurité du trafic.
Ce règlement fut mis sur pied en 1893.
54 compagnies de chemin de fer des U.S.A., du Canada et du Mexique s'y soumirent, exigeant ainsi que les montres de leur personnel répondent aux critères suivants :
Posséder un mouvement de 18 ou 16 sizes de diam. (44,86 ou 43,18 mm), avec 17 rubis au moins, un échappement à ancre, à simple plateau, une précision ne dépassant pas un écart de plus 30 secondes par semaine.
Des inscriptions telles que la marque de la fabrique, référence et numéro, nombre de rubis, nombres de positions de contrôle de la marche, parfois le nom de la Compagnie.
La distinction est maintenant claire entre la montre quelconque et la véritable montre chemin de fer, celle conforme au règlement. On l’appellera Railroad Watch en opposition à la montre de fantaisie portant locomotive qu'on appellera Train Watch. Ces véritables montres chemin de fer d'avant 1893 étaient très nombreuses et variées dans leurs genres de mouvements et de marques de fabrique.
Un nombre de trois chiffres est le Grade, référence de qualité déterminée par le fabricant lui-même.
Après l'élaboration de ce règlement de contrôle des montres existantes il fut décidé de créer une montre chemin de fer standard, aux exigences égales pour tous les fabricants.
Official RR Standard Watch
La deuxième génération des montres chemin de fer américaines, postérieures à 1893, "sont des garde-temps auxquels le qualificatif véritable peut être mis au carré et qui mériteraient bien le titre de chronomètres. Elles devaient en effet répondre aux critères cités plus haut, auxquels M. Ball ajouta:
Gravé «5 positions», possède un double plateau, un cadran bien visible, des chiffres arabes et des aiguilles assez large, un remontoir au pendant à 12 heures, être réglées aux températures de 30° à 95° F (-1° à 35° C), être munies d'une raquette à réglage fin.
Sitôt ce règlement établi, 37 maisons américaines furent agréées pour fabriquer ces montres standard, nombre fortement réduit par la suite. Vers 1915 restaient en liste les marques: Waltham - Elgin - Illinois Hampden - Hamilton - Howard - Rockford - South Bend.
M. Ball fit fabriquer par les six premières maisons précitées des montres répondant à ses propres prescriptions et sous des marques enregistrées par lui, entre autres Ball official Standard et le plus souvent Official RR Standard. Le Grade sera 999.
Vers 1920, la montre de 18 sizes, environ 45 mm perdit la faveur des cheminots et la plupart des compagnies de chemin de fer y renoncèrent, se tournant de plus en plus vers le marché suisse. En 1969. Hamilton vendait sa dernière montre de poche.
A lire : Lien intéressant sur le sujet : www.ballwatch.com
Quelques extraits du livre de David S.Landes, "L'heure qu'il est"
Taillage des roues et des pignons vers 1800
Pour la taille des roues, les flans de métal étaient estampés en quantité sur des presses relativement petites: avec une presse de 20 tonnes, un seul homme pouvait découper 10'000 roues par jour. Puis celle-ci étaient finies sur des fraises qui tournaient la pile de blancs automatiquement dès qu'une dent était finie. Les pignons, jadis étirés comme du fil par des passages répétés à travers des trous profilés, étaient de même découpés et taillés à la fraise; de la sorte, il était possible de les prendre dans de l'acier plus dur.
Balanciers, spiraux, rubis et pivots
Ils fabriquaient en grande nombre, des balanciers et des spiraux aussi proche de la norme puis les triaient soigneusement par poids et par force. Il ne restait alors qu'à les apparier en choisissant les pièces dans les caisses ou les pots appropriés. La sélection des rubis et des pivots s'opérait suivant la même technique: au lieu de percer les rubis, puis d'y adapter les pivots, ils produisaient des lots de chacune de ces pièces, mesuraient leurs diamètres, puis triaient les pièces afin les apparier le moment venu.
L'Exposition du centenaire à Philadelphie en 1876
Les Suisse dépêchèrent un représentant, Edouard Favre-Perret, pour étudier l'origine de leurs difficultés. Ses découvertes plongèrent ses compatriotes dans un moment de consternation : les Américains, leur assura-t-il, faisaient à la machine des montres tout aussi fiables et justes que les meilleurs instruments suisses.
Présenté le 14 novembre 1876 sous la forme d'un discours adressé à ses confrères horlogers dans l'amphithéâtre d'une école de La Chaux-de-Fonds, le rapport de Favre-Perret a été décrit comme le plus fameux discours de l'histoire horlogère. Puis il conclut son plaidoyer par le récit d'une expérience personnelle.
Messieurs, voici ce que j'ai vu. J'ai demandé au directeur de la Waltham une montre de la 5e qualité. On a ouvert devant moi un grand coffre; j'ai pris, au hasard, une montre, et l'ai mise à ma chaîne. Le directeur m'ayant prié de lui laisser cette montre, deux ou trois jours, pour qu'on pût vérifier sa marche : « Au contraire, lui dis-je, je tiens à la conserver telle qu'elle est, pour avoir une idée exacte de votre fabrication. »
A Paris, je mis ma montre à l'heure sur un régulateur du boulevard, et le sixième jour, je constatai qu'elle avait varié de 32 secondes. (Profonde sensation.) Et cette montre est la 5e qualité américaine ; elle vaut 75 fr. (mouvement sans boîte).
En arrivant au Locle, je fis voir cette montre à un de nos premiers régleurs qui me demanda l'autorisation de la démonter. Je voulus d'abord l'observer, et voici les résultats que je constatai :
Pendue : variation diurne :1 1/2 seconde. Variation dans les différentes positions : de 4 à 8 secondes. Dans l'étuve, la variation a été très faible.
Après l'avoir ainsi observée, je remis la montre au régleur, qui la démonta. Au bout de quelques jours, il revint, et me dit textuellement : «Je suis renversé ! le résultat est incroyable" On ne trouverait pas une pareille montre dans 50'000 de notre fabrique. »
Cette montre, Messieurs, je vous le répète, je l'ai prise moi-même, au hasard, dans le tas, comme on dit. On comprend, par cet exemple, qu'on puisse préférer la montre américaine à la montre suisse.
Un choix illimité
Le système de production américain permet de produire des types de montres aussi variés que les porte-monnaie des acheteurs. En 1876, le prix d'une montre Waltham peut varier de quelques dollars à plusieurs centaines de dollars selon son degré de décoration et de finition.
Chacune de ces montres américaines porte un numéro de série correspondant à la fois à son modèle et à son ordre de production.
Les mouvements non emboîtés restent parfois dans des tiroirs plusieurs années après avoir été produits, et en sont sortis selon les commandes. Au moment de l'achat, ils peuvent subir quelques modifications selon les désirs de l'acheteur. En vertu de l'interchangeabilité des cadrans, aiguilles ou boîtiers par rapport aux mouvements, le consommateur peut composer à l'envi la montre de son choix, puiser dans le bas de gamme comme dans le haut de gamme, et demander que l'un ou l'autre des composants extérieurs soit changé en un clin d'œil.
Dans cet article, l'auteur attire l'attention sur un pan parfois ignoré de l'histoire de l'industrie des montres américaines: la production industrielle de leurs boîtiers. D'après lui, le succès de l'industrie horlogère américaine en fin de XIXe siècle et le fait qu'elle soit parvenue à concurrencer les productions européennes est en partie lié au fait que les boîtiers sont vendus indépendamment des mouvements de montre dans l'horlogerie américaine et que le client peut commander une montre sur mesure, répondant à ses désirs.
Ceci est possible grâce au fait que les tailles de mouvements et de boîtiers américains sont standardisées. Grâce à l'interchangeabilité du produit, le client choisit, en fonction de ses priorités, performance ou esthétique, le garde-temps qui lui convient dans un catalogue et le fait assembler auprès du bijoutier local. Le boîtier fait partie de ses possibilités de choix. Le client le choisit robuste et agréable à porter au cas où il met la priorité sur la fonctionnalité de sa montre, mais plus souvent encore, décoré et en matière noble pour habiller un mouvement bas ou moyen de gamme. Au tournant du XXe siècle, on recense pas moins de vingt-cinq compagnies, dont la Waltham Watch Co., l'Elgin Watch Co. et l'Hamilton Watch Co., qui produisent par millier les boîtiers pour montres qui satisferont les choix des clients.
Pour le collectionneur, le fait que le boîtier ait été produit indépendamment du mouvement se reconnaît simplement au fait que, contrairement aux pratiques suisses, le numéro de série du mouvement n'est presque jamais reporté sur le boîtier dans le cadre de l'horlogerie américaine. il y a quelques exceptions à cela: certains garde-temps de la compagnie E. Howard & Co., par exemple, qui manufacturait ses mouvements selon ses propres standards et sous-traitait la production de boîtiers, et les premières Appleton &Tracy de Waltham.
La championne du bas prix: la dollar watch
La dollar watch allie l'économie réalisée sur les matériaux, la construction du mouvement et les modes de production. Cette montre au mouvement entièrement étampé est produite en masse à un coût tellement bas qu'elle peut être vendue à 1$. Son coût minime doit à certaines d'être distribuées gratuitement, en guise de cadeaux promotionnels destinés à encourager la vente d'autres produits.